Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 14:29
Anne-Marie Bertrand a ouvert les Rencontres en reprenant une partie du bilan du projet quadriennal d'établissement de l'enssib. Simples rappels puisqu'il est de toute façon possible de se renseigner en ligne sur le centre Gabriel Naudé, ou par exemple de suivre le projet Bel16 sur le blog qui lui est consacré, mais aussi annonce de projets comme celui de rédaction avec les étudiants de monographies sur l'histoire des bibliothèques et des bibliothécaires.

Le projet de cette demi-journée était d'évoquer le numérique à travers l'expérience d'établissements, de collègues (Noëlle Balley, Bibliothèque Cujas ; Nathalie Doury, Parisienne de photographie ; Pierre-Emmanuel Guilleray, Bibliothèque municipale de Besançon ; Catherine Dhérent, Bibliothèque nationale de France ; Patrick Bazin, Bibliothèque municipale de Lyon, décommandé), ces retours d'expérience étant suivis d'un débat.

Isabelle Westeel, modérateur et intervenant, a planté le décor avant de laisser la parole aux intervenants.

Je précise qu'il vaut mieux lire sa biographie sur le BBF plutôt que sur 123people parce que je vous assure qu'elle ne ressemble pas à Martine Aubry ou à l'abbé Pierre. Si elle a bien écrit un livre avec Martine Aubry c'est parce qu'à Lille une Martine Aubry peut en cacher une autre. C'est d'ailleurs fascinant ce passage au catalogage des personnes et cet automate qui tisse sa toile, avec cet espoir qu'hyperlier suffisamment, ce pourrait être intelliger... Pour l'instant, ce copier-coller est souvent surréaliste, mais cela ne durera peut-être pas... alors dépêchons-nous de rire de l'incongruité de ces cadavres exquis, avant qu'ils ne nous ressemblent trop.

Le diaporama d'I. Westeel commençait par rappeler la définition par l'IFLA des bibliothèques numériques, les réalisations nombreuses signalées sur le site Patrimoine numérique, à travers le recensement de Lionel Maurel (Ave S.I.Lex !) sur un compte delicious (http://delicious.com/domaine), la page Bibliothèques numériques de Bibliopédia... sans oublier les réalisations des archives et des musées.
Puis ce sont des rapports d'enquêtes qui ont été présentés : 40 % des projets signalés dans les 157 bibliothèques concernent la campagne d'enluminures de manuscrits médiévaux menée par l'IRHT, et d'après la DLL 52 % des documents numérisés par les établissements ne sont pas en lignes (soupirs de soulagement dans l'assistance : "ouf, on n'est pas les seuls", puis honte d'avoir été soulagés). Où sont-ils alors ? dans des armoires. Coup de grâce : les internautes ne vont pas sur les sites des bibliothèques.
Je passe sur d'autres enquêtes, il suffira de citer le rapport de l'OCLC en 2009 "What Users and Librarians Want", celui d'Europeana en 2007 "Rapport de bilan sur les usages et attentes des utilisateurs".
Parmi les difficultés qui peuvent être évoquées, telles qu'une insuffisante prise en compte du numérique par les services informatiques dans les collectivités, une faiblesse de l'offre logicielle etc., I. Westeel a attiré l'attention sur une ignorance dont les conséquences peuvent être lourdes, celle tout simplement de la définition de ce qu'est un projet : "Le projet définit l'ensemble des activités qui sont prises en charge, dans un délai et dans les limites des ressources imparties, par des personnes qui y sont affectées dans le but d'atteindre des objectifs définis" (AFNOR Z67-100-1).

Pour compléter : Westeel, Isabelle, « Le patrimoine passe au numérique », BBF, 2009, n° 1, p. 28-35 [en ligne] <http://bbf.enssib.fr/> Consulté le 24 novembre 2009.

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Le premier retour d'expérience présenté fut celui de la bibliothèque Cujas, déjà évoqué sur le blog A la Toison d'or, et c'est pourquoi je ne m'y attarderai pas.
Je voudrais juste revenir sur l'importance des retours d'expériences, même les échecs, et j'irai jusqu'à dire surtout les échecs. Pourquoi surtout ? parce que chercher à éviter les erreurs ne veut pas dire éviter de les penser, au contraire. Il doit y avoir un droit à l'erreur, il est si facile de ne pas en faire ; il doit y avoir un devoir de l'analyser, il est si facile de refaire la même. Que nous a conseillé Noëlle Balley ? on pourrait le résumer en un verbe : tester. L'interdiction de communiquer sur le contenu sélectionné pour numérisation a empêché de tester la pertinence de ce contenu, et ces erreurs ont été détectées par le dialogue avec la BnF (ce que vous voulez numériser est déjà en cours de numérisation) ou avec des usagers potentiels (on ne veut pas d'édition princeps, de caractères gothiques avec des abréviations, mais des éditions du dix-neuvième siècle, et ne vous fiez pas à vos statistiques de consultation car on ne vient dans telle bibliothèque que si on ne trouve pas ailleurs...). Tester le scanner avant de l'acheter, c'est bien aussi...

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Le deuxième retour d'expérience fut exposé par Nathalie Doury, directrice de la Saeml Parisienne de Photographie, du côté donc prestataire, ou plutôt délégataire (de service public). Je dois avouer que j'ai été tellement médusé par leur capacité à s'autofinancer (pour un budget annuel de 3 millions d'euros, 2,2 millions d'euros de recttes propres et une participation fixe de la ville de Paris aux missions de service public de la ville de Paris de 800 000 euros) que j'en ai gardé le stylo en l'air. Je suis enthousiasmé par le copyleft, et suis convaincu qu'un service de reproduction dans une petite bibliothèque pourrait difficilement s'autofinancer, ne serait-ce qu'à 75 %. Dans une petite commune où devis et factures sont faits à l'ancienne, la gratuité coûte moins cher. Mais un changement d'échelle ne permettrait-il pas au moins de réduire les frais pour services rendus (je ne parle pas des douteux et imprécis "droits de reproduction") ?

Pour compléter : le site Paris en image animé par la Parisienne de photographie (accès libre et gratuit à 25 000 clichés)

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Le troisième retour d'expérience fut rapporté par Pierre-Emmanuel Guilleray, de la bibliothèque municipale d'étude de Besançon. Le corpus numérisé en interne de 2002 à 2007 fut présenté, puis le corpus défini pour la période 2007-2013. Le budget de numérisation de 15 000 euros par an, donc 75 000 est important, mais les serveurs de la ville avec accès dédié sont arrivés à saturation à 5.8 To. Ce sont donc deux disques durs qui prennent le relais pour 2 To. Note pour plus tard : traîner inviter son Directeur du service informatique aux rencontres de bibliothécaires.

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Enfin Catherine Dhérent, adjointe chargée des questions cientifiques et techniques auprès du Directeur des services et des réseaux, BnF, a évoqué le schéma numérique des bibliothèques. Son intervention me semble avoir repris à peu près celle qui a été prononcée lors des Rencontres nationales des bibliothécaires musicaux le 23 mars 2009 et archivée sur le site de l'ACIM. Je renvois donc au PowerPoint en pdf.

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Du débat qui a suivi ces interventions, je retiendrai, en vrac :
- que dans le cadre d'une coopération entre l'école nationale vétérinaire de Toulouse et Wikimédia France une partie des ouvrages a été numérisée et est consultable en mode image ou texte
- que la mise en place d'un plan de numérisation partagée se fait par de nombreuses voies, de l'appel à projet aux contacts informels, et qu'il faut (je me répète, non ?) DIALOGUER
- que les bibliothécaires s'interrogent doivent prendre garde, dans le cadre d'une concurrence des activités à mener, à ne pas faire seul et moins bien ce qu'ils pourraient externaliser. Pierre-Emmanuel Guilleray a ainsi rappelé qu'il n'y avait pas besoin d'un scanner pour faire de la numérisation, au contraire...
Par Cecitueracela - Publié dans : Evénément ponctuel
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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 20:19
Lundi 12 octobre après-midi, alors que les gauras se balançaient doucement devant les vitres de l'Enssib, de tous les points de l'horizon ont surgi des êtres étranges : certains portaient des vestes en velours côtelé, tandis que d'autres discutaient de table lumineuse.

Ils convergeaient tous vers un point : un hall d'accueil, où ils étaient alors surpris de se trouver si nombreux dans un endroid chaud après avoir travaillé, pour beaucoup, bien seuls dans des locaux non chauffés. Les sourires commençaient à poindre sur ces visages marqués par les rigueurs de l'étude.
Pourquoi cette migration annuelle de fondus de fonds patrimoniaux ?


Comme le dit le commentateur de "La marche des empereurs bibliothécaires" :
"They come to learn, to network, to collect free stuff, and possibly, to mate..."




Bon, pour être honnête, mes yeux affaiblis par la lecture à 0,5 lux n'ont rien vu de relatif à "to mate". Mes oreilles empoussiérées ont peut-être capté quelques remarques sur les stylos et les pochettes généreusement distribués  dispendieusement non je vais pas critiquer après tout j'avais qu'à les rendre à la fin accumulés. Mais ce que je suis heureux d'avoir pu voir et entendre, et ce que je voudrais faire partager, ce sont les choses relatives à "to learn" et "to network".

(à suivre...)
Par Cecitueracela - Publié dans : Evénément ponctuel
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /Sep /2009 20:15
Puisqu'on m'a posé la question aux journées du patrimoine (d'un air un peu choqué) :

Non, il n'est pas toujours souhaitable de porter des gants !
Pourquoi ?
Démonstration par l'image : mms://audio.bl.uk/media/collectioncare/gloves420.wmv

Opération mains propres, donc !

A lire :
Baker, Cathleen A. et Randy Silverman. « Fausses idées sur les gants blancs ». In International Preservation News , n° 37, Décembre 2005, pp.10-15.

A voir :
Les autres vidéos relatives à la manipulation des collections réalisées par Matt Caswell pour la British Library.
Admirez au passage les boîtes de conservation...

C'est vraiment bien ces petits tutoriels de manipulation, une idée à reprendre.

Par Cecitueracela - Publié dans : Bonnes pratiques
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Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /Août /2009 21:31
Je rentre de vacances, et je m'aperçois qu'une page Web est destinée à mettre en ligne l’ensemble des documents (listes des participants, supports d’intervention, fichiers exemples, ressources diverses) utilisés pendant la formation sur la mise en oeuvre du modèle XML/TEI à Paris les 4, 5, 10, 11 et 12 juin 2009 :
http://www.enc.sorbonne.fr/formation-TEI-juin-2009/index.htm

Enjoy !

Pour ceux qui veulent une initiation, je recommande dans la saga des DTD de BlogOKat, "3.La DTD TEI".
Par Cecitueracela - Publié dans : Evénément ponctuel
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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 22:45
Le 15 juin 2009, Didier Rykner mettait en ligne un article intitulé "Les revues de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris à la benne".
Quand j'ai découvert ce texte dans La Tribune de l'Art, dès l'accroche "A certaines époques, on brûlait les livres. En 2009, à Paris on les jette", comme Rémi Mathis, je pensé que c'était mal parti.
J'ai lu les  "nombreuses réactions scandalisées" recueillies et publiées en partie le 19 juin ("je suis profondément choquée et révulsée..." "je découvre avec effroi votre article...").
J'ai lu l'échange entre Juliette Jestaz et Didier Rykner mis en ligne le 19 juin, et le courrier de Séverine Lepape, mis en ligne le 25 du même mois.
Et aujourd'hui je découvre ceci sur le blog d'Aldus -2006 :

Emoi à Rennes où la Bibliothèque Municipale se débarrasse discrètement de milliers de livres... (via Ouest-France).

Alors, à mon tour de faire un commentaire vidéo. A ceux qui pensent que les bibliothécaires sont vraiment sans coeur de jeter des livres, j'aimerais vous dire : ça.

Mais je ne peux pas en rester là.
Parce que ce que je craignais le plus, c'est que les bibliothécaires ne répondent pas. Le plus facile, ne serait-ce pas de dire que Monsieur Rykner ne cherche qu'à faire le buzz, que les bibliothécaires doivent se faire aussi discrets que lorsqu'ils remplissent la benne, qu'ils doivent garder le silence de ceux qui savent face à ceux qui ne peuvent pas comprendre ?

Alors revenons sur la dernière réponse argumentée de Didier Rykner, mise en ligne le 11 juillet :

Je modifie l'ordre des arguments, car il me semblent s'enchaîner :

Il faut distinguer ce qui est conservé de ce qui doit être conservé.

1. Ces collections sont-elles "patrimoniales" ?


Didier Rykner explique qu'il n'est pas ridicule au point de soutenir que The Art Bulletin est patrimonial au même sens qu'une édition originale de Racine. Il affirme cependant que les collections d'une bibliothèque sont patrimoniales au sens de l' "ensemble des biens et des obligations d'une personne physique ou morale" ou, par extension, de l' "ensemble des biens, des richesses matérielles ou immatérielles qui appartiennent à une communauté, une nation, et constituent un héritage commun".
Le problème est que la notion de patrimoine oscille ici entre une dimension normative (ce qui doit être conservé) et descriptive (ce qui est conservé à un instant "t"). Didier Rykner semble adopter une définition descriptive : The Art Bulletin fait partie des biens d'une personne morale. Mais puisqu'il affirme que The Art Bulletin doit être conservé parmi les collections de la BHVP, il reste, en fait, sur le plan normatif. Il dépasse le constat (du temps "t") et réintroduit la temporalité avec la notion d' "héritage". L'étiquette "patrimoine" donne l'illusion d'une essence qui traverse le temps, alors que "tout coule", que le patrimoine est lui aussi en devenir... que le patrimoine de la BHVP peut subir des altérations.
La question est alors de savoir sur quels critères garder. Pour cela, il faut quitter l'illusion d'une définition essentialiste du patrimonial "dans l'absolu", pour la saisir comme relationnelle : patrimonial pour tel espace, tel temps, tels usages.

Mais qui décide ?

2. Comment la concertation doit-elle se dérouler ?

Lorsque Didier Rykner affirme qu'une véritable concertation aurait dû inclure les utilisateurs des bibliothèques spécialisées parisiennes en général, je lui propose d'inclure aussi dans la concertation les non-usagers (parmi lesquels il faut inclure les générations futures). Eux aussi auraient peut-être légitimement leur mot à dire.
Et voilà que moi aussi je me mets à construire de fausses alternatives... redevenons sérieux. La consultation des usagers se fait en un sens à travers la consultation des statistiques de prêt et de consultation. C'est un des critères qui entrent en jeu dans la décision de conserver ou pas (mais pas le seul).

Et selon quels critères ?
En considérant les missions de la bibliothèque.

7. Qu'elle est la mission de la BHVP ?

Oui, comme le dit Didier Rykner, la mission de la BHVP est de conserver des livres pour les mettre à la disposition des chercheurs, mais pas seulement des livres, et pas tous les livres non plus.
Il faut donc lire au moins la présentation rapide des missions de la Bibliothèque Historique de la ville de Paris : "sauvegarder, enrichir et faire découvrir au public la mémoire historique de Paris à travers l'écrit". Compte tenu de ces missions, est-il vraiment nécessaire de conserver à la BHVP l'intégralité de The Art Bulletin ? Je ne le crois pas.

En considérant les usages. (cf. supra au sujet des statistiques de prêt et de consultation).

En considérant l'environnement documentaire.


5. L'équipe de la BHVP désherbe des documents qui parfois ne sont pas possédés par Forney ou la Bibliothèque administrative de la Ville de Paris.

J'accorde à Didier Rykner que les plans de conservations partagées doivent  se développer, mais cela se joue bien au-delà de trois établissements ; cela varie suivant les supports, les thèmes, les niveaux...
Quant au terme d'équipe, je pense que Rémi Mathis avait raison de l'employer. Je suppose qu'il voulait simplement rappeler qu'Emmanuelle Toulet n'est pas seule à s'occuper de plus d'un million de documents : elle valide des critères, lit et annote une liste, et vérifie les caisses une dernière fois, peut-être. Le débat s'égarerait à se focaliser sur des personnes.

En considérant (pour finir, pas pour commencer) les moyens qu'on peut mettre en face des objectifs, notamment la place.

6. Le problème de la place.

Si on conserve The Art Bulletin, qu'est-ce qu'on élimine à la place ?
Ah non, j'oubliais, on va peut-être construire ?
Dans mon monde, il me semble que ceux qui refusent l'agrandissement de la bibliothèque, sont aussi ceux qui demandent d'éliminer discrètement. Donner n'est pas assez discret. C'est pourquoi vous n'avez pas de problème pour obtenir une benne.
Et ceux qui refusent l'agrandissement de la bibliothèque, ce sont souvent des élus, élus par les usagers et les non-usagers (finalement, j'étais peut-être sérieux tout-à-l'heure... les non-usagers prennent en ce sens part à la concertation).

Et si on ne conserve pas The Art Bulletin, qu'est-ce qu'on en fait ?


On suit la procédure, et ça a un coût.


Quant au non-respect de la procédure du désherbage et de la mise au pilon de la Ville de Paris, je ne m'avancerai pas autant que Didier Rykner. Est-elle obligatoire ? Si oui, peut-on affirmer qu'elle n'a pas été suivie ?

On ne suit pas la procédure, on les donne.

Evoquer le don comme Didier Rykner le fait, c'est sortir de la procédure précitée, car cette dernière consiste en un dépôt.
N.B. : sur la réserve centrale des bibliothèques de la ville de Paris et l'Antenne de Diffusion et d'Echange du Livre (ainsi que d'autres exemples français et étrangers), lire Jeanne-Marie Jandeaux, Les dons sortants à la Bibliothèque nationale de France. Mémoire d'étude du diplôme de conservateur de bibliothèque, janvier 2009, p. 27 et suivantes. On y lira que l'inadéquation entre offre et demande, de même que le choix du dépôt plutôt que du don, freinent l'activité de l'ADEL.

 Et ça a aussi un coût.

3. Donner les ouvrages constitue un gros travail et 4. Donner les ouvrages a un coût.

Quand Didier Rykner écrit que "Eh oui, travailler est plus fatiguant que de ne rien faire", il fait la même erreur que quand il affirme qu'au delà du débat sur ce qui aurait dû être fait des ouvrages désherbés, il conteste le simple fait qu'il faille s'en séparer. Il raisonne comme s'il n'y avait pas d'autres travaux à accomplir, qui sont en conccurence temporelle, pas d'autres documents à conserver, qui sont en concurrence spatiale.
Celui qui met des livres à la benne ne se dit pas " IOUPI ! (il fallait absolument que je fasse cette blague), je vais pouvoir ne rien faire" mais "Ouf, je vais pouvoir continuer à travailler" ; la question n'est pas "faut-il conserver cet ouvrage ?", mais "faut-il conserver cet ouvrage, ou cet autre ?".
Bref, il faut raisonner en situation de contrainte, et en contexte.

Didier Rykner ne parle pas des contraintes (ou du flou) juridiques qui gênent le don et la vente. La question du coût de redistribution d'un document me semble traitée avec légèreté (stockage, tri...).

Si on met à la benne, c'est sans doute parce que le coût de traitement d'un don semble trop grand par rapport à celui de la mise à la benne.

Internet est sans doute un moyen de réduire ces coûts et Didier Rykner évoque la publication de listes sur internet.
Mais si la BHVP ne respectait pas la procédure, elle n'avait pas intérêt à publier des listes sur internet. Un reproche à la fois, merci.

Et si donner a un coût trop élevé, vendre, ça vaudrait le coup (si la loi le permettait) ?

Pourquoi donnerait-on à un particulier si on pouvait plutôt vendre et réinvestir l'argent public dans la bibliothèque ?
A ce sujet, j'aimerais en savoir plus sur ce que pensent les bibliothèques américaines de B-Logistics.

Décidément, comme le dit Séverine Lepape, la conservation est un choix passionnant. Merci Monsieur Rykner, malgré tout.


Mise à jour le 20 juillet :
- Le billet de Rémi Mathis le 19 juillet sur son blog "A la Toison d'or" : Désherbage : réponses à la réponse de D. Rykner.
- Désherber sans benne :
Sur le Kindle, Amazon détruit des livres qu'il a vendus (Rue89, 19/07/2009)
Amazon Erases Orwell Books from Kindle (The New York Times, 18/07/2009)

Mise à jour le 25 juillet :
Les réponses de Didier Rykner mises en ligne le 21 juillet ne me satisfont pas.

0. Parenthèse sur l'anonymat
Petite parenthèse, tout d'abord, au sujet de mon anonymat puisque je suis cité comme "hélas anonyme mais qui semble bien être un ou une conservateur de bibliothèque". D'autres biblioblogueurs ont déjà parlé de l'anonymat (et  en particulier de son caractère symptomatique). Pour ma part, l'anonymat est à la fois un outil destiné à protéger ma liberté d'expression dans des circonstances où le devoir de réserve du fonctionnaire peut être invoqué comme une raison d'Etat appliquée à la gestion quotidienne et un outil destiné à encourager le débat sur les idées (et non les arguments ad hominem).

1. "Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments ; / Mais, quelque autorité que sur eux elle ait prise, / Elle n'y règne pas, elle les tyrannise ;" (Corneille, Polyeucte, II,2, vv. 500-503)
Concernant les réactions de ceux qui se déclarent choqués, je crois qu'on ne peut pas affirmer comme Didier Rykner qu'elle n'est pas émotionnelle mais parfaitement réfléchie. Mon but n'était pas en invoquant les sentiments de délégitimer ces réactions comme purement irrationnelles et c'est pourquoi j'ai refusé l'opposition grossière entre des bibliothécaires qui suivraient la raison et des usagers qui l'ignoreraient. Quand je jette un livre, je sais qu'il serait irrationnel de le garder, et je souffre quand même de le jeter. Parce que je ne me m'empêcher de rêver au monde de Didier Rykner, où l'espace infini des bibliothèques permet de conserver tout ce que les chercheurs désirent, plutôt que de devoir leur proposer d'aller dans une autre bibliothèque ou de consulter en différé, grâce au prêt entre bibliothèques ou à la fourniture de copies à distance.
S'il n'a jamais été question de se placer sur le terrain des sentiments, pourquoi évoquer le spectre d'une époque où on brûlait les livres ? Le Syndicat national de l'édition estime que le nombre d'invendus tournerait autour de 100 millions d'exemplaires chaque année pour une production d'environ 500 millions d'exemplaires. Les 2/3 au moins des invendus vont au pilon. Ils sont plutôt recyclés. J'ai bien conscience que la stratégie commerciale d'un éditeur  qui veut faire masse (lire à ce sujet l'article de Pierre Jourde paru dans le Nouvel Observateur, en attendant son essai cinématographique sur le pilon), n'est pas celle d'une bibliothèque. Mais on détruit des livres. La question est : a-t-on raison pour cet exemplaire dans ce contexte ?

2. Faut-il interroger les enfants des écoles pour savoir ce qu'ils pensent de la BHVP ?
Monsieur Rykner s'étant payé le luxe de la décontextualisation d'une citation destinée à faire une démonstration par l'absurde, je pourrais faire de même. Je lui rétorquerais alors que demander à ce que les enfants des écoles participent à l'élaboration du plan de développement et d'élimination des collections de la BHVP n'est pas sérieux.
Je vais donc être plus direct : le client est roi, pas l'usager. Les utilisateurs des bibliothèques spécialisées parisiennes peuvent militer pour l'augmentation des moyens consacrés à la BHVP, pas les décider. Cela doit rester le choix des représentants politiques élus par les usagers et les non-usagers. Je remarque que Didier Rykner pense que les non-usagers diraient qu'il est inutile d'avoir des bibliothèques de recherche, et que c'est pour cela qu'il ne faut pas les consulter. Avec ce même principe, on pourrait soutenir que les chercheurs diraient qu'il faut tout garder, et que c'est pour cela qu'il ne faut pas les consulter.
Je maintiens que la consultation des statistiques est un critère non négligeable, parmi d'autres.

3. Faut-il plutôt éliminer les documents les plus consultés ?
Didier Rykner en écrivant "En gros, la plupart des livres qui n'ont pas été demandés depuis un certain temps pourraient être jetés" se trompe. Car j'ai parlé d'un critère parmi d'autres, pas d'un critère suffisant. Dans le cas d'un multiple consultable en différé (via le prêt ou la copie)  ou dans une bibliothèque proche, je crois qu'un ouvrage dont le coût de stockage est considéré comme trop important par rapport à son taux de consultation peut être éliminé des collections. Comme d'habitude, Monsieur Rykner refuse la contrainte de l'élimination ; puisqu'il faut en réalité la réintroduire et si on ne veut pas éliminer les ouvrages les moins consultés, on supprimera les plus consultés. Ça ce serait de la bibliothèque de recherche !
Je répète que les critères sont multiples, doivent être croisés, dotés d'un coefficient... L'argument du faible taux de consultation ne vaut évidemment pas pour des documents anciens, rares ou précieux,  difficilement accessibles dans d'autres bibliothèques. Mais ce n'est pas ici le cas. Par contre, il est vrai que le domaine d'excellence de la BHVP peut exiger la conservation de tel titre, même s'il n'est ni ancien, ni rare, ni précieux et pourant accessible dans d'autres bibliothèques. Faut-il alors pousser les murs ? comment dire que l'argument du manque de place ne tient pas ?! Il est des cas où, si l'espace de stockage vous est refusé, il faut pourtant bien dans une bibliothèque dégager les issues de secours, alléger les tablettes qui s'affaissent... ou fermer.

Je n'ai pas vraiment à revenir sur le reste. Mon "il raisonne comme s'il n'y avait pas d'autres travaux à accomplir" tient toujours. Rykner réaffirme la nécessité de "travail supplémentaire". Il néglige toujours la contrainte. De même que les livres ont besoin d'espace, le travail a besoin de temps.

Cependant, il est vrai que l'argument de l'absence des moyens est lassant, et je comprends qu'il fasse la sourde oreille.
Alors, aujourd'hui encore, je vais essayer de faire toujours plus avec toujours moins...

Une citation pour finir, au sujet de la cession au public des livres des bibliothèques de Grenoble :
"Ce genre de vente fait scandale lorsqu'elle est organisée dans les locaux de la bibliothèque, mais beaucoup moins si c'est ailleurs; encore faut-il inonder la ville de tracts, moins pour promouvoir l'aubaine qu'expliquer son sens. C'est sans doute pourquoi la majorité des bibliothèques de ce pays préfèrent nettement l'envoi direct au pilon, qui représente cent fois moins de travail mais s'entoure d'une discrétion sourde et comme honteuse."
Lucien X. Polastron, Livres en feu : histoire de la destruction sans fin des bibliothèques. Paris : Denoël, DL 2004. Page 320.
Par Cecitueracela - Publié dans : Bonnes pratiques
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Désolé j'ai pas pu m'empêcher.
Je sais, c'est pathétique.

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